Critique de Mars 2013
Il y a des fois où l’on aime voir des oeuvres ratées, bien ratées. Des bides, en somme. Parfois amusant, parfois déconcertant, ils nous rassurent sur le fait qu’il existe toujours pire dans l’univers. Ils sont nécessaires dans de nombreux domaines, y compris le théâtre.
Un bide. D’ailleurs, d’où vient ce mot ? Cela viendrait-il d’une mauvaise prononciation du mot «vide» par un individu enrhumé qui donnerait «bide» ? Ou encore du fait que cet échec fait écho au ventre d’un obèse n’ayant pas réussi à obtenir un corps sain ? Difficile de savoir, d’autant plus que l’on s’en fiche ici. Eperdument.
Il est en effet plus intéressant de savoir pourquoi nous en parlons ici, à propos de la pièce de Michel Lemieux et Victor Pilon, joué au Théâtre Chaillot en février dernier.
Leur adaptation en 4D art de La Belle et la Bête donnent des éléments dont la superficialité et l’absence les font résonner comme des incohérences. Des faux constituants. Voire du mensonge. Ce n’est que gavage et remplissage. A la manière de ces quelques lignes précédentes.
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Malheureusement, La Belle et la Bête n’est pas une apologie du bide.
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C’est l’histoire d’une petite sotte, sexy et peintre, qui va remettre un médaillon à un marginal immonde et pseudo intellectuel dans un grand château. Ces deux personnages dont le seul point commun est de réunir à eux deux les différents sens du mot «bête» vont s’avérer par la suite être de mignons frustrés sexuels. Ils vont donc bêtement s’aimer et se caresser devant nous dans leur quête de guérison, pour le plaisir des jeunes freluquets venus assister à une adaptation de leur dessin animé préféré.
Mais c’est alors qu’une narratrice vieille et méchante ne l’entend pas de cette oreille et vient mettre son grain de sel dans le met d’amour bien fade que ce couple inattendu nous a cuisiné. Malheureusement, ce grain de sel est bien trop petit pour sauver un plat dont le manque de gout donne l’impression d’absorber du vide. Dommage.
Sa présentation riche et travaillée, sa musique de qualité bien que timorée ainsi que la technologie 4D sont de bien maigres consolations, tant ils nous laissent confirmer le gâchis et le vide intersidéral auquel nous faisons face. Le jeu d’acteur semble plat, mais ce qu’ils ont a dire le semble aussi. Encore dommage.
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La Belle est élue Meilleure Monture de l’année 2013 par la Bête.
Raison est : un cheval de synthèse c’est moins excitant, forcément.
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L’histoire découle de l’existence d’un objet au grand symbolisme que nous appellerons ici le PEPITO. Il s’agit en fait d’un médaillon on ne peut plus banal dont la nouvelle appellation permet d’avoir un soupçon d’identité. Le nom fait bien sur référence aux gâteaux préférés des enfants, mais aussi au Pépito Bleu de Sébastien Tellier : symbole d’une nouvelle spiritualité qui unit les esprits libres. Il y a beaucoup de chose à dire sur ce fameux PEPITO. Il est à l’origine de tout dans la pièce. Absolument tout. Mais très vite Lemieux et Pilon l’écartent et le suppriment. Même le pendentif de Rocky a plus d’importance pour Sylvester Stallone. Alors on ne dira rien, ou très peu de chose. C’est pourtant grâce à lui que le sexe prime et s’exprime dans cette pièce aussi intense que du speed dating. L’appellation aux deux sens «PEPITO» nous apparait soudain comme légitime, non seulement pour le médaillon mais aussi pour la pièce. Il s’agit d’un élément au potentiel considérable qui disparait aussi vite qu’un biscuit dans la bouche d’un enfant affamé. Il ne devient que pur consommable.
Annonce : Le théâtre (ou l’art en général) n’est pas une affaire de consommation alimentaire, et les spectateurs ne sont pas des poules mangeant des graines mais des êtres humains à la conscience extraordinaire. Peu importe la marque des graines et leur qualité. Merci.
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Pepito et Granola se sont battus à mort pour le design du médaillon et l’affiche du spectacle.
Aucun survivant.
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Mais il n’y a pas que le PEPITO dans la vie, il y a le sexe aussi. Un sexe sans choc ni puissance, soit. Néanmoins il prend une place omniprésente sur scène, car il relie l’ensemble de manière évidente. Oui. La Belle et la Bête, ça pue le sexe et la frustration. Il faut bien avouer que malgré toute notre volonté à chercher autres chose, c’est toujours la même rengaine. Il n’en sort que le sexe, le reste n’ayant strictement aucun poids. Ils se fichent bien du PEPITO, ou du père absent, ou de la conscience virtuelle de la Belle, etc. Vraiment. Ce qui importe se résume en ceci. Un triangle amoureux de frustrés sexuels se présentent à nous sur scène. Deux d’entre eux finissent par s’aimer et guérir sexuellement dans un coït aussi puissant qu’une scène de hentaï japonais avec des chansons d’ascenseur. Que c’est compliqué pour si peu de choses. Que c’est vide pour tant d’ambition. C’est à nous rendre, nous spectateurs, frustrés.
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"GRRRRRAHH JE SUIS TELLEMENT FRUSTRÉ QUE MON CRI BRISE
DES VITRES VIRTUELLES ! GENKIDAMA !" - La Bête
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Après tout cela, il est normal que certaines questions résonnent encore dans notre cerveau, petite arène interne où s’affrontent le bien et le mal. Pour tenter de répondre à la plupart, nous dirons simplement que oui, cette pièce est un gâchis à la vue des moyens techniques mis en oeuvre. Oui, ce que nous avons pu voir au Théâtre de Chaillot est du niveau d’un Twilight théâtral malgré tout. Oui, en tant que pièce sur des bêtes, avec des bêtes, La Belle et la Bête ne doit certainement pas être l’enjeu d’un combat au sein de notre cerveau.
Que dire, sinon ?
L’incohérence totale entre un monde diégétique sous anneau gastrique et une mise en scène sous LSD fait que les quatre-vingt minutes dans lesquelles la pièce se joue semblent à la fois trop longue et trop courtes. Mais ce qui est certain, c’est qu’on ne les envie à personne.
Il réside cependant un certain attendrissement envers les acteurs lorsque ceci saluent le public le sourire au lèvre, soulagés. On a soudain envie de les aider à s’améliorer, pour qu’ils puissent enfin créer quelque chose à la hauteur de ce qu’ils prétendent. Et pour se faire, nous devons mettre en avant l’intérêt d’une certaine simplicité, leur expliquer gentiment que ce qu’ils ont tenté de faire durant ces quatre-vingt minutes, un grand homme du nom de Marvin Gaye l’a fait en quatre minutes et six secondes. Bien sur, tout cela avec empathie et respect. Parce qu’on aurait surement pas fait mieux.
«And honey I know you'll be there to relieve me
The love you give to me will free me
If you don't know the thing you're dealing
Oh I can tell you, darling, that it's sexual healing.»





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