mardi 13 août 2013

Critique - Dans la Maison : Enfin, sur le palier.

  

           Tout d’abord, j’aimerais écrire un petit message à caractère informatif. Aujourd’hui, est une victoire du critique sur le critique. 
Aujourd’hui, est un jour à marquer d’une pierre blanche pour ce blog. Il s’agit en effet de la première critique de Atoms for Films qui soit sur un flim français, mais qui en plus de ça soit plutôt négative.
Yeepee. Yahoo. Génial. Ça rend notre ami Sylvestre heureux.

-----------------------------------------------------



Et l’honneur d’introniser le drapeau tricolore revient à Dans la Maison de François Ozon
Plus besoin de présenter le réalisateur. Avec des films comme 8 Femmes, Swimming Pool, ou encore Jeune et Jolie qui sort incessamment sous peu, nous savons que le père François est un réalisateur grandement inspiré par l’âge d’or du cinéma hollywoodien, en proie à diriger sa caméra sur le sexe féminin et ce qu’il exalte chez le spectateur. Comme convenu, Dans La Maison fait parti de ce genre de film. 
Fabrice Lucchini y joue Germain, un professeur de français frustré et désabusé qui décide d’aider et accompagner Claude, un jeune garçon en qui il voit l'écrivain qu'il ne peut être, dans ses écrits personnels. Sauf qu’aucun des deux ne parlent de la même chose. 
Le premier voit en le second un jeune révolutionnaire intellectuel qui écrit plutôt que de bruler des voitures. Le second cherche surtout à s’infiltrer dans la famille d’un de ses camarades de classe, dans l’espoir - au début inavoué - de conquérir la mère de famille jouée par la ravissante Emmanuelle Seigner. Rappelons-nous sa merveilleuse prestation dans La Neuvième Porte, dont la scène finale a du fortement exciter son mari Romain Polanski, réalisateur du film. 


Les thèmes chers au réalisateur sont donc toujours présents et le film apparait comme une continuité à ce qu’il a fait jusqu’ici. On y trouve un semblant de Théorème de Pasolini par le personnage de Claude et son infiltration au sein de la famille (le baiser du fils, ainsi que celui de la mère). De plus, le film ne tombe jamais dans un cliché qu’il serait incapable de quitter.
En effet, si une scène semble mal jouée, si la chambre du camarade de Claude ressemble à celle d’un adolescent frustré typique dans une série B américaine (façon American Pie), si la maison même de la famille rappelle ce qu’on peut voir dans une résidence américaine et si Germain va au cinéma voir Match Point de Woody Allen avec sa femme - interprétée par Kristin Scott Thomas, il est difficile de croire que cela soit involontaire. Mais malgré tout, le film se prend les pieds dans le tapis. 
Bien qu'il ne possède pas de détails vraiment défectueux, nous dirons que malgré un concept très intéressant et bien mis en oeuvre dans sa réalisation, son scénario et l'interprétation de ces acteurs : le film d’Ozon ne prend tout simplement pas. 


Toute l’inquiétante étrangeté, l’ambiguité et la subtilité qui résident dans le traitement de cette histoire ne parvient pas à nous happer. Nous pouvons pourtant, tout comme les deux héros masculins, effleurer aisément du bout des doigts la puissance et l’intensité de tout ce qui se trame dans le long métrage. Nous ne pouvons également ignorer qu’Ozon mène sa barque avec expérience et habileté, dans un film qui tourne rond et qui se tient tout seul. 
Mais mener un jusqu’au bout un concept qui a pour thématique de ne pas pouvoir aller jusqu’au bout, c’est là que se situe le grand défaut de Dans la Maison
A force de passer son temps à nous faire visualiser des scènes lues par les protagonistes, nous gardons cette distance avec le long métrage qui nous empêche de vibrer à son récit. Et même si  François Ozon ne cesse de détruire les propos d’écrivain du personnage de Germain par le non respect de ses conseils dans son script, cette façon d’écrire son scénario finit par ennuyer et tourner en rond. De même que les variations qu’il propose progressivement dans ces scènes sont trop discrètes et trop peu nombreuses pour nous surprendre. 
Il est facile pour nous spectateur de comprendre ce qu’Ozon nous montre, suffisamment pour qu’on ait la sensation de trop en voir pour vraiment l’apprécier. 


En dépit d’un trip hitchcockien au traitement influencé par Woody Allen - notamment au niveau des dialogues, le film de François Ozon est une proposition alléchante et ambitieuse mais malheureusement vaine. Le film Dans la maison, étrangement, ne fait que rester sur le palier. On peut commencer à sentir l’odeur, toucher la devanture, jeter un coup d’oeil à l’intérieur et faire donc preuve d’une véritable envie de voyeurisme. Comme Claude. 
Face à la cohérence de ce travail, il est évident de conclure que le film existe dans cette optique. Ce qui est somme toute dommage : un film ambitieux n’est pas forcément un grand film. 
Et celui-ci est pas mal, mais décevant et très frustrant. Tant pis.

mercredi 7 août 2013

Critique - Pacific Rim : Le McSushi sauce Del Toro, une recette unique.

               
             
                Pacific Rim, le dernier bébé transgénique de Guillermo Del Toro, était attendu. Très attendu. Comme tous ses films en fait. A chaque fois, il nous manque. Il prend son temps, produit tour à tour navets et oeuvres sympathiques. Mais cette année le réalisateur mexicain revient aux commandes. Les vraies. Cette année, Del Toro se transforme en chef cuisto en préparant une recette unique et populaire de qualité. Une bonne dose de scènes spectaculaires à la qualité graphique remarquable.
Un combat mythique entre des robots et monstres géants, prenant la ville et l’océan comme terrains de jeux. Une fusion iconique de 2 pays par le biais de leur différents blockbusters.
W O W, quoi. Juste W O W. Et encore W O W. 
Nous n’en finissons plus. C’est interminable. Mais c’est complètement W O W, que voulez-vous. 


Il est aisé de supposer que le créateur du Labyrinthe de Pan a du jouer gros. En effet, proposer un pied de nez à Transformers et un retour aux films de monstres à travers un affrontement mythique de 2h30 au budget mirobolant, c’est un challenge. Un vrai. Mais Del Toro aime les défis, et a mené celui-ci avec talent et expérience. Il profite d’un blockbuster très moderne pour fusionner le charme et l’efficacité d’un récit héroïque à l’américaine avec l'impressionnante pureté qui règne souvent dans les animés japonais. Qui plus est, Del Toro insère un héroisme américain dans un film marqué par un traumatisme japonais. Il se sert de l'origine du film de monstre, pour le confronter à l'origine du blockbuster américain. 
Pacific Rim est un film qui ne perd pas de temps et se passe incroyablement vite. Quand le réalisateur mexicain avoue en interview qu’il aurait aimé réduire davantage la durée du film, on en rit tant cela parait inconcevable. De fait, le film assure sa part du gâteau dans un rythme soutenu et une structure solide et classique qui conforte le spectateur comme il se doit. 


Il serait inutile de critiquer la performance des acteurs tant celle-ci s’accorde avec la pauvreté désirée de leur rôle. Chacun reflète une fonction, une icône stéréotypée qui avait manqué aux blockbusters de ces dernières années. Ils font tous part de beaucoup d’humanité, de naïveté, de très peu de prétention, ne prenant jamais part une quelconque romance exacerbée. On y retrouve donc les trois célèbres règles qui définissent la plupart des héros des manga japonais : «No sex, no money, no drugs».  Ceci, plus une histoire prévisible au millimètre, rappelle qu’il s’agit bel et bien d’un pure film de consommation visuelle. Les combats sont stupéfiants, dantesque, titanesques et merveilleusement colorés. Chacun faisant référence à des classiques du genre (films de kaiju comme Godzilla). L’explosion tend parfois vers quelque chose de plastique, ce qui  n’est pas pour déplaire à un spectateur habitué aux blockbuster sans jets de couleurs.
On regrettera que Del Toro n’exploite pas davantage le monde qu’il met en oeuvre, car le spectateur y effleure un potentiel qui aurait donné davantage de personnalité à son film. 


Quentin Tarantino ne cesserait jamais de nous répéter qu’il ne s’agit pas de cinéma, comme il l’avait dit pour Matrix. Mais le cinéma n’existe pas que de cette façon, comme la littérature ne se résout pas à la richesse textuelle, syntaxique et grammaticale de Belle du Seigneur d’Albert Cohen. Comme le cinéma, la littérature est également un portail vers quelque chose d’autre. L’ouverture d’un autre monde. Certes, Pacific Rim n’est pas une oeuvre intéressante dans ce que propose son contenu formellement cinématographique. En effet, la magie de ce genre de film opère juste sur la mise en image d’un trip ou d’un pseudo fantasme irréaliste. Mais avec goût. Ce sont des films pour ceux qui jubilent à l’idée de voir leur rêve d’enfant à l’écran en criant «WOW».
Del Toro l’a fait. Son mélange est stupéfiant, éclatant et profondément irréaliste.
Et oui. Le McSushi ? C'est bon. Alors "mangeans-on".