En 1979, Ridley Scott montra au monde toute la grandeur de son savoir faire. A travers Alien, une oeuvre colossale et tout simplement culte, le réalisateur avait pris le parti de donner à la Science-fiction un nouveau langage. En puisant dans une sorte d'inspiration Lovecraftienne, son film proposait un film d'épouvante - et non un film d'horreur pur - aux teintes psychologiques et amplement perverses.
L'intrigue et le mystère que suscitaient cette créature et sa naissance ont largement contribué à ce que le monstre hante les couloirs du Nostromo, vaisseaux des protagonistes, ainsi que notre esprit, régulièrement sensible à ce qu'il est incapable de comprendre. Le film est également pourvu de nombreuses qualités esthétiques et visuelles ainsi que de performances d'acteurs de haut rang (Sigourney Weaver, John Hurt, Harry Dean Stanton et Ian Holm sont loin d'être des inconnus du cinéma américain aujourd'hui).
Prometheus et la promotion : gloire aux préjugés
D'où les nombreuses craintes et questions qui ont accompagné la sortie de Prometheus, dernier film de "Rid". Après un Robin des bois qui avait laissé de nombreux spectateurs sur leur faim, Ridley avait en effet décidé de miser encore plus gros et de signer une "semi préquelle" à son chef d'oeuvre Alien. Le film a alors bénéficié d'une promotion aussi grande que fut la réussite du film qui avait marqué la fin des 70's.
Mais il y a un pépin : la promotion - par définition - laisse tellement peu à voir et tellement souvent qu'elle suscite chez celui qui la subit quelque chose de frustrant, le laissant se faire des idées toutes faites avec 2 petites minutes de film.
Et c'est à travers ce problème que je propose de remettre Prometheus à la place qu'il mérite, en dépit de tous ceux qui s'attendaient à voir l'Ancien Testament en 3D, le 30 mai 2012.
Une semi préquelle, mais surtout le début d'un grand tout.
Tout d'abord, pourquoi est-ce une semi préquelle ? Et bien parce que Ridley n'a jamais voulu faire une préquelle total. Ce film n'en est pas une. C'est une oeuvre à part entière qui se situe dans le même monde qu'Alien, et dont la fin relie les deux films.
Beaucoup de gens se demandent alors : Mais pourquoi ? La réponse n'existe pas vraiment. C'est avant tout un choix de Rid, et en tant que papa il a le droit d'exercer son autorité comme il lui semble. Il serait donc dommage d'arriver devant le film avec des préjugés intolérables qui restreindront le champ des acceptables propres à chaque spectateur. Cela reste avant tout une oeuvre décrite comme une histoire indépendante, dont les conséquences et les dommages collatéraux amènent entre autres à la naissance de "l'Alien". Celui-ci n'est qu'une particule, un microbe, dans l'univers que Ridley Scott établit avec Prometheus. Un univers qu'il compte d'ailleurs approfondir et exploiter davantage à travers la ou les suites du film. Ridley l'a dit, Prometheus est fait pour avoir une suite. De plus, sa fin ouverte en témoigne. Ce film n'est que le début de l'odyssée spatiale que Ridley a pour ambition de créer.
"A fond la forme !"
Visuellement, c'est un film auquel l'ensemble des spectateurs et de la presse a adhéré. Et il est vrai que le décor et l'ambiance mis en place par Ridley Scott se démarquent de par leurs nuances de noir / gris / bleu, ainsi que par sa capacité à créer un monde fascinant et différent du notre à partir de ce qui existe déjà sur Terre (le film a en grande partie été tourné en Islande). D'où la sensation de photoréalisme qui ressort des paysages tout au long du film.
L'image d'Alien nous plongeait dans les contrastes, les ombres et les ténèbres de la peur. Ici, l'image de Prometheus nous présente juste un univers froid, mystérieux, qui nous envahit et nous surplombe. Alien dérangeait notre intimité, Prometheus quant à lui remet le genre de la science-fiction, sa grandeur, son infini mystère et sa question théologique au devant de la scène.
Un scénario puissant et complexe, auquel le temps rendra grâce.
C'est d'ailleurs la raison pour laquelle le scénario écrit par Damon Lindelof (Lost) et John Spaihts a déplu foule de spectateurs.
Les critiques négatives furent à peu près "aussi nombreuses que le nombre de baguettes vendues dans une seule et unique boulangerie sur toute une année - à trois miches près, bien entendu".
Il y a ceux qui considèrent qu'il s'agit d'un bide intégral car ils espéraient connaître toutes les réponses à leur question, et qui s'en tirent avec de nouvelles questions encore plus alambiquées. Mais n'est-ce pas le propre de la science-fiction de ne pouvoir tout nous expliquer ?
De même, étant un film mêlant peur, suspens... le trauma ne vient-il pas de l'inexplicable, de ce qu'on ne peut rattacher à un signifiant ?
Des films comme 2001 : Odysée de l'Espace de Kubrick - adapté de l'oeuvre écrite de Arthur C. Clarke, ou Blade Runner de "Rid"- adapté de "Les Androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?" sont devenus cultes de par leur capacité à ne dévoiler que trop peu de la vérité. Par exemple, le film de Kubrick / le livre de Clarke mettait en avant cet objectif d'expliquer le sens de la vie par l'inexplicable. Il ne devait pas y avoir de compréhension, juste une interprétation de symboles et d'éléments juxtaposés les uns aux autres avec intelligence. Ce sont des films auxquels le temps a rendu justice, en particulier pour Blade Runner et son Director's cut bien trop tardif. Et il est fort probable qu'il en soit de même pour Prometheus.
Les clichés portent souvent à faux, et pourtant on ne les oublie pas. L'ignorant en vin s'imagine par exemple qu'un vieux vin, ou un vin cher et récompensé représentent les meilleurs choix dans l'accompagnement gastronomique. Mais un vin n'a pas besoin d'être vieux pour être bon, ni d'être récompensé, et encore moins d'être cher sauf pour l'individu qui n'est pas pres à se lester de principes arrêtés et sommaires.
Prometheus est comme un vin récent aux qualités et au nom trop peu reconnus : une oeuvre que l'on rejette de par les tristes préjugés qui habitent l'individu lambda.
Il n'est pas immédiat, il se savoure progressivement l'esprit grand ouvert. Il fait parti de ces films que le temps chérit et garde au chaud la durée qu'il faut pour qu'on l'accepte davantage.
Un véritable vin de garde.
Les clichés portent souvent à faux, et pourtant on ne les oublie pas. L'ignorant en vin s'imagine par exemple qu'un vieux vin, ou un vin cher et récompensé représentent les meilleurs choix dans l'accompagnement gastronomique. Mais un vin n'a pas besoin d'être vieux pour être bon, ni d'être récompensé, et encore moins d'être cher sauf pour l'individu qui n'est pas pres à se lester de principes arrêtés et sommaires.
Prometheus est comme un vin récent aux qualités et au nom trop peu reconnus : une oeuvre que l'on rejette de par les tristes préjugés qui habitent l'individu lambda.
Il n'est pas immédiat, il se savoure progressivement l'esprit grand ouvert. Il fait parti de ces films que le temps chérit et garde au chaud la durée qu'il faut pour qu'on l'accepte davantage.
Quand le public aura élargi son champ des possibles, il trouvera le film de Ridley Scott meilleur. Vraiment meilleur.
Enfin, si je ne me trompe pas.
Enfin, si je ne me trompe pas.
NB : Par ailleurs, Prometheus puise son scénario de l'oeuvre de Lovecraft, mais aussi indubitablement de Clarke. Mais la comparaison du film avec ces auteurs n'étant pas l'objet principal de la critique, je n'ai pas approfondi la question ici.
Voici un lien d'une étude anglaise sur le sujet, par un écrivain / programmateur des courts-métrages du Festival de Sundance : http://litreactor.com/columns/the-prometheus-effect.







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