lundi 7 janvier 2013

Critique - J'ai rencontré le diable, et le génie aussi.


           
        
Depuis quelques mois je voue un certain engouement à la nouvelle vague de cinéma sud-coréen: Kim Jee-Woon, Boon Joon-Ho, Park Chan-Wook, Na Hong-Jin etc. Des cinéastes talentueux au style propre à chacun. Mais de tout cet ensemble il en ressort une homogénéité puissante et irresistible tiraillée entre les influences d’un cinéma occidental, les rouages d’une société marquée par une soumission de longue durée à un pays extérieur ainsi qu’une poésie bien trop rare dans nos salles aujourd’hui. 
Le dernier film «Made in South Korea» de Kim Jee-Woon rend grâce à cette mouvance et confirme une énième fois la maîtrise d’un des piliers du cinéma asiatique actuelle.
Cette fois ci Maitre Kim nous propose un film sur la vengeance.  



Les films sur la vengeance suscitent régulièrement une forme de «ras-le-bol» général de part leur prévisibilité affolante et leur côté téléfilm raté sortant d’Europa Corp.
J’ai Rencontré le Diable  propose un schéma différent, intelligent sans avoir peur d’aller jusqu’au bout. Là ou les films de vengeance se terminent habituellement, le film de Kim Jee-Woon commence véritablement pour établir une véritable chasse à la souffrance d’un homme. 
Le réalisateur s’interesse ici de la même façon au héros et la cible de sa nemesis. L’issue s’annonçant très vite comme inévitable, il choisit de traiter le processus : un jeu malsain et violent entre un tueur pervers et un héros déterminé mais bel et bien perdu pour toujours.
Cette dualité évolue très vite en quelque chose de plus large : l’ascension du personnage principal dans un milieu d’accomplissement du fantasme où les règles et les contraintes sont tout autant perdues que les individus qui y accèdent. Le bien et le mal ne se cotoient jamais, laissant place à un nihilisme moral choquant mais essentiel à l’effet trauma du film. 


De ce fait, J’ai rencontré le diable n’est pas un titre au sens unique et à l’écho inexistant. Bien au contraire, il se multiplie partout, se réflète dans les yeux de chacuns des personnages principaux. Choi Min-Sik et Lee Byung-Hun interprétant tour à tour le rôle d’un démon pathétique et terriblement humain, une surenchère de deux clichés en pleine opposition dans un duel sanglant mais toutefois subtile.
Le regard noir et parfois amusé du réalisateur sur les évènements dont le film nous fait part nous donne une dimension moins manichéenne, plus humaine et réaliste. 
Sans jamais en arriver à quelque chose d’horriblement flagrant, le réalisateur distille des scènes guignolesques et décalées avec l’un, entrecoupées de séquences intensément tragiques et désespérées avec l’autre.
C’est une diversité émotionnelle qu’on retrouve également chez Boon Joon-Ho dans Memories of Murder ou The Host


Conduit par deux performances incroyablement justes et complémentaires, l’oeuvre du réalisateur d’A Bittersweet Life  est une perle noire et abîmée à la brillance éternelle. 
Elle fascine, intrigue et impose un trauma à son spectateur, qui s'en souviendra tres longtemps.
Si on considère qu’Old Boy de Park Chan-Wook avait déjà creusé une tombe pour la vengeance au cinéma, nous pouvons dire sans mal que J’ai rencontré le diable de Kim Jee-Woon l’a enterré bien proprement. 

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