Si il y a bien un vieux bonhomme qui force toujours notre attention, c’est bien Papy Woody. L’explication au phénomène est on ne peut plus évidente pour tous ceux qui connaissent un tant soi peu le monsieur. Un film quasiment tous les ans, une légèreté et un humour qui lui sont propres, des oeuvres clairement axées sur le discours et une attention toute particulière à la gente féminine. Le problème auquel nous faisons face ces dernières années avec Papy Woody c’est qu’il fait preuve d’une irrégularité consternante avec l’âge. Vicky Christina Barcelona ne m’a vraiment rien laissé de positif mise à part un Barcelone magnifié - qui n’est qu’un tiers du film comme le titre semble l’indiquer, et Minuit à Paris m’avait enjoué autant qu’agacé - sans même évoquer Marion Cotillard. Mais To Rome With Love sorti l’année dernière en est le meilleur exemple et probablement l’un de ses plus mauvais films. Ça sentait la redite, celle qui lasse et désespère. Je fus d’ailleurs soulagé de constater que j’étais loin d’être le seul à le trouver littéralement nul. Inquiet et soucieux à raisons, il est normal de se demander si Papy Woody aurait perdu la main après tout ce temps... Mais 2013 nous prouve que non.
Cette année, Blue Jasmine sortait sur nos écrans avec une aura de soulagement. Sans être un chef d’oeuvre où une oeuvre originale, le film renoue avec ce que Woody Allen sait faire de mieux. Les thèmes sont là, la manière aussi. Le long fait preuve d’une grande cohérence dans l’ambiguité et la subtilité. A l’opposé de ce qu’il a fait ces derniers temps, Woody a réintégré dans son cinéma le paradoxe qui l’a toujours caractérisé. La légèreté de son cinéma contient de nouveau un malaise certain ainsi qu’un humour particulièrement grinçant et le film ne cherche pas à prendre un parti radical. D’une certaine manière, le réalisateur a pitié de tout le monde et de personne. Ses propositions cinématographiques contiennent une grande part de réponses à la normande.
L'héroïne de Blue Jasmine est-elle vraiment une victime ? Tel personnage est-il un looser pathétique ? Est-ce de l’ordre d’une tragédie moderne ou d’une bonne farce ? Cela dépend. Tout dépend de tout, tout le temps. Mais Woody ne perd pas son temps à nous expliquer quoi que ce soit. Il nous dirait probablement avec un grand sourire qu’il s’en fout et que l’on devrait s’en foutre autant que lui.
Par ailleurs peu d’entre nous - petits et grands cinéphiles - sont sans savoir que Woody Allen travaille et mise beaucoup sur ses acteurs.
Jonhatan Rhys-Meyers dans Match Point, Diane Keaton dans Manhattan... Tant de grands rôles complexes incarnés avec talent depuis les débuts du réalisateur. La prestation de Cate Blanchett dans Blues Jasmine ne déroge pas à cette ligne de conduite et se révèle époustouflante, voire désespérante tant tout cela est crédible. A la fois touchante, cynique, délirante et particulièrement pitoyable, l’héroïne ne cesse de tomber dans des travers de plus en plus conséquents. L’actrice australienne ne s’est assurément pas trompée en acceptant le dédale que Woody Allen lui a proposé.
Une simple observation nous fait comprendre que le film tient majoritairement sur les épaules de l’actrice et de son personnage alambiqué. Et c'est pourquoi laisser l’actrice hors de toute récompense académique majeure cette année serait assurément une erreur et la source d'une incompréhension totale.
Ce genre de choses se produit régulièrement mais il faut espérer que Cate Blanchett ne soit pas mise de côté pour des raisons de lobbying et autre billevesées.
Une simple observation nous fait comprendre que le film tient majoritairement sur les épaules de l’actrice et de son personnage alambiqué. Et c'est pourquoi laisser l’actrice hors de toute récompense académique majeure cette année serait assurément une erreur et la source d'une incompréhension totale.
Ce genre de choses se produit régulièrement mais il faut espérer que Cate Blanchett ne soit pas mise de côté pour des raisons de lobbying et autre billevesées.
Le long-métrage nous fait part tout du long d’un sentiment proche d’une joyeuse dépression. Ce qui règne ici en définitive semble réellement s’approcher de l’absurde. Le drame et le comique s’associent au sein d’un concentré qui nous apparait comme merveilleusement naturel. Son ancrage dans le réel est puissant, son impact bluffant.
De fait nous sommes rassurés parce que Papy Woody a retrouvé son cinéma qu’il avait perdu quelques années auparavant. Et ça c’est bien. Mais qui sait ce qu’il va nous pondre l’année prochaine ? Papy Woody oubliera-t-il encore son cinéma ? Certains disent que c’est comme le vélo et que ça ne s’oublie pas. On verra dans un an si ils ont raison.






































